Les généraux de l'Armée du Potomac - I

26/06/2023

Irvin Mac Dowell 

L'épreuve des faits

14 mai 1861 - 25 juillet 1861

Le premier commandant en chef de ce qui n'est pas encore l'armée du Potomac est donc Irvin McDowell, qui dirigera cette force jusqu'au lendemain de la première bataille de Bull Run, première défaite de l'Union et qui provoquera son remplacement par Mac Clellan.

Irvin Mac Dowell

Né le 15 octobre 1818 (42 ans)

Etudes :

Collège de Troyes (France)

1834-1838 Diplômé de l'Académie Militaire des Etats-Unis (West Point)

Expériences professionnelles :

  • 1er Rgt Artillerie US (second lieutenant)
  • West Point (instructeur en tactique)
  • 1847 – 1848 : Division Centrale (John E. Wool) Aide-de-camp (breveté capitaine à la bataille de Buena Vista)
  • 1848- 1861 Département de l'adjudant-général – tâches d'état-major (logistique – ravitaillement)
  • 1856 Promotion au grade de major

Contexte de prise de poste

Mac Dowell est promu Brigadier-Général de l'Armée le 14 mai 1861 sur la recommandation de Salmon P. Chase (secrétaire du Trésor) et reçoit le 27 mai le commandement de l'Armée de Virginie du Nord-Est, nouvellement créée elle aussi et composée surtout de volontaires répondant à l'appel de Lincoln du 15 avril, lequel appelait à des enrôlements pour 90 jours.

C'est son premier commandement en tant que commandant de grande unité sur le terrain.

C'est d'une armée d'amateurs dont Mac Dowell prend la direction. Il en est conscient et retarde le plus qu'il peut le départ en campagne de ses hommes, dont il redoute l'amateurisme et qu'il espère entraîner mieux. Ces hommes sont insuffisamment entraînés mais de plus leur système de ravitaillement n'est pas prêt : le lancement des opérations prévu initialement au 8 juillet est retardé en l'absence des fourgons qui doivent assurer l'intendance : pour le spécialiste de la logistique qu'est Mac Dowell, ce problème renforce sans doute le manque de confiance qu'il a sur les capacités de son « armée ».

Les officiers supérieurs :

Cherchez l'intrus parmi ces 5 officiers divisionnaires

Abraham Lincoln, président des Etats-Unis d'Amérique
Abraham Lincoln, président des Etats-Unis d'Amérique

Les contraintes politiques

Depuis le 15 avril, l'opinion publique est chauffée à blanc par la prise de Fort Sumter la veille et veut un écrasement rapide de la Rébellion sudiste. Le plan du Général en chef américain (W. Scott) est un plan d'étouffement des rebelles dont l'opinion publique ne veut pas, le taxant au mieux de tiède. 

L'origine virginienne de ce général le fait de plus soupçonner de ne vouloir y aller que d'une fesse contre son Etat d'origine. Une grande partie de l'opinion publique veut donc d'une attaque rapide et la plus directe possible sur la capitale rebelle : Richmond. 

Quand Mac Dowell invoque le manque d'entraînement de ses hommes et son propre manque d'expérience, Lincoln lui-même le « rassure » en lui disant que ceux d'en face ne sont pas eux non plus aguerris.

La situation sur le terrain

Théâtre des opérations
Théâtre des opérations

Quatre forces se font face sur le terrain : deux sudistes, l'une commandée par Beauregard (43 ans, sorti premier de West Point en 1838 la même année que Mc Dowell) qui couvre Richmond avec 20 000 hommes et l'autre par J.E.Johnston (54 ans, breveté 1829 de West Point) qui couvre la riche vallée de la Shenandoah plus à l'ouest avec 12 000 hommes. 

Face à ce dernier, la force de Robert Patterson (73 ans) un général politique sans formation militaire théorique avec 18000 hommes. La seconde force nordiste est celle assemblée à Washington sous le commandement de Mc Dowell lui-même avec 35000 hommes .

Le plan de Mac Dowell

Au niveau opérationnel, il préconise que Patterson fixe les forces de Johnston face à lui dans la région de la Shenandoah pendant qu'il affronte les forces de Beauregard en bénéficiant d'une légère supériorité numérique. Le but est d'empêcher la jonction des deux forces ennemies pour les défaire séparément.

Dans cette logique il vise une concentration de ses troupes à Centreville, à 25 miles de Washington DC, après une marche forcée. Assez rapidement et discrètement pour empêcher l'arrivée à temps des troupes de la Shenandoah.

Ce plan est relativement classique et directement inspiré des manœuvres qui ont fait les succès de Napoléon.

Le souci est que les troupes de Bonaparte ont à ce moment au moins trois ans d'entraînement à la guerre et ses officiers et sous-officiers également. Ses officiers se connaissent et savent agir de concert. Les troupes de Napoléon savent marcher et font ordinairement des étapes de 20 km (12,5 miles) ou 40 km (25 miles) à marche forcée.

Or, les volontaires de juillet 1861 n'ont pas le niveau d'entraînement de soldats réguliers, voire vétérans.

Le déroulement de la marche d'approche, prélude à la bataille.

Initialement prévu au 9 juillet, le départ des troupes a finalement lieu le 16 juillet, en raison du retard pris par l'arrivée des fourgons d'intendance. L'objectif est Centreville, à environ 25 miles de là, que Mac Dowell espère atteindre le 17 juillet par une marche forcée d'environ 45 km. Beaucoup d'observateurs ont attribué à la propension des soldats à quitter fréquemment la colonne pour trouver de l'eau ou des mûres afin de se rafraîchir (il fait en effet chaud ces jours-là). Cependant, J. Mc Pherson évoque aussi les fréquents ralentissements liés à la crainte d'embuscades sudistes.

En tout état de cause, cet épisode souligne l'incapacité des sous-officiers à encadrer les hommes du rang, un problème dont Mc Dowell avait pourtant sans doute conscience lorsqu'il a élaboré sa stratégie.

Au final, Centreville est atteinte par la colonne de tête (division Tyler) le 18 juillet ; la marche se faisant au départ de Washington où nombreux sont les sympathisants de la cause sudiste, Beauregard en est informé dès la soirée du 16 juillet et demande à Johnston de ramener au plus vite son armée à Manassas Junction.

Daniel Tyler a reçu l'ordre de repérer un endroit guéable sur la Bull Run et de surveiller la route de Warrenton, selon les uns ou de feindre une avance sur Manassas selon les autres. Toujours est-il que cette reconnaissance se transforme en escarmouche durant laquelle les Nordistes sont obligés de renoncer à traverser. Mac Dowell reproche publiquement après cet épisode à Tyler d'avoir outrepassé ses ordres de reconnaissance et d'avoir déclenché un combat hasardeux.

Cependant cette reconnaissance incite Mac Dowell à définir son plan pour la bataille à venir. 

Les rumeurs de l'arrivée des renforts de la Shenandoah l'incitent à faire au plus vite. En effet malgré le rapport rassurant de Patterson au général en chef Scott, il apparaît qu'il a complètement failli à sa mission, puisque l'armée de Johnston est en train de décrocher brigade par brigade et d'arriver par train à Manassas Junction.

Au niveau tactique, le plan nordiste est un contournement de la ligne sudiste amenant à une attaque de flanc de celle-ci par le nord-ouest (divisions Hunter et Heintzelmann), tandis que des feintes d'attaques à partir du nord-est (division Tyler) devaient fixer le gros de l'armée sudiste, la division Miles se tenant en réserve, prête à finir l'encerclement par des attaques dépendant du déroulement des combats déjà engagés. La division Tunyon est détachée plus à l'est pour surveiller les arrières de l'armée.

Sur le papier c'est un plan classique et qui a l'avantage d'éviter une attaque frontale au travers d'une rivière, toujours plus coûteuse en vies humaines. Elle requiert cependant une bonne coordination entre commandants de divisions et de brigades.

La bataille

Dans les faits, la marche d'approche est brouillonne – soit mauvaise volonté de Tyler, soit manque général d'habitude de la logistique – la colonne de ce dernier ralentit les divisons Hunter et Heintzellmann qui, parties de Centreville de nuit (vers 2h30) ne passent pas la Bull run avant 9h30 pour les derniers éléments tandis que la division de Tyler est en place dès 6h30 face au pont de pierre qui est son objectif. 

Attaque à travers le pont de pierre vue par Les Tuniques Bleues T.27 Bull Run
Attaque à travers le pont de pierre vue par Les Tuniques Bleues T.27 Bull Run

Les premiers tirs éclatent vers 5h15 sur l'aile droite sudiste, conformément au plan et des feintes d'attaques par la brigade Schenck (division Tyler) au travers du pont de pierre maintiennent l'aile gauche sudiste qui consiste en une seule brigade sur la défensive. 

Malheureusement, le commandant de cette brigade alerté par le peu de vigueur des attaques nordistes soupçonne une feinte et ses doutes sont confirmés par les rapports d'un ballon d'observation qui lui signale les colonnes nordistes arrivant sur sa gauche. Il redéploie l'essentiel de sa brigade face aux nouveaux arrivants et parvient à les ralentir suffisamment pour que deux autres brigades viennent le renforcer.

C'est seulement vers 10 heures et demie que cette aile gauche craque enfin après avoir freiné à 1100 puis 2800 hommes environ une force estimée à 15 000 hommes.

A ce moment les divisions Hunter et Heintzelmann sont debout depuis près de sept heures, ont effectué une marche de nuit quasi en aveugle dans un relief plutôt accidenté et attaquent en pente ; la division Tyler commence à les épauler partiellement en milieu de matinée et emporte momentanément la décision, mais pas assez rapidement pour empêcher l'arrivée des renforts de la Shenandoah qui sont frais et parviennent à ralentir l'avancée nordiste avant de la faire refluer vers 15h, d'écraser l'aile droite de la ligne nordiste puis la faire entièrement craquer pars un effet domino vers 17h.

Déroute à travers la Bull Run Creek
Déroute à travers la Bull Run Creek

Durant ce temps, la division Miles ne sera engagée à aucun moment, pas plus d'ailleurs que les forces de couverture qui lui feront face. La coopération entre les différentes brigades et les différentes divisions est très imparfaite ; il n'y a eu que des assauts décousus qui ont produit peu de résultats décisifs.

Heureusement, les Sudistes sont eux aussi trop épuisés pour mener à bien la poursuite de l'armée en déroute.

Si Mac Dowell a bien dès le départ éprouvé des doutes sur la qualité des hommes du rang, des civils peu entraînés, force est de constater que c'est la synchronisation de leur action, qui était de son ressort et de celle de ses officiers supérieurs, tous « professionnels » de la chose militaire qui a failli.

  • Ordres peu clairs et soumis à interprétations
  • Absence d'initiative de la part de la plupart des commandants de brigade
  • Mauvaise volonté de Tyler consécutive à son « engueulade » publique par un homme de vingt ans son cadet à la suite d'ordres peu clairs justement ?
  • Mauvaise appréciation des possibilités des hommes du rang ?

Share
Créez votre site web gratuitement ! Ce site internet a été réalisé avec Webnode. Créez le votre gratuitement aujourd'hui ! Commencer