Les généraux de l'Armée du Potomac - III

14/06/2024

Quand il se résigne à limoger Mac Clellan, Lincoln a en tête de le remplacer par un homme dont le caractère semble aux antipodes de celui de Little Mac.

· Les états de service de Burnside

L'homme qu'il choisit, Ambrose Everett Burnside a déjà une expérience militaire :

De brigadier : Burnside a commandé une brigade dans l'armée de l'Union lors de la première bataille de Bull Run et s'y est distingué par son sens du commandement.

De divisionnaire : de février à juin 1862, Burnside a mené avec succès la campagne amphibie des côtes de Caroline du Nord, qui a capturé plusieurs forts et villes et resserré le blocus de la Confédération tout en fournissant des refuges pour les esclaves en fuite.

De commandant de corps : son bilan y est plus mitigé. A la tête du IXe corps il est correct, mais en temps que commandant d'aile gauche de l'armée à Antietam, son obstination à franchir un pont de pierre surplombé de hauteurs truffées de tireurs sudistes plutôt que d'emprunter des gués fait perdre un temps précieux à l'attaque et permet à A.P. Hill d'arriver à temps pour contrer l'enveloppement qu'il devait effectuer.

· Les traits de caractère connus

  • Cependant l'homme est loyal, et parvient à ne pas s'impliquer dans les conflits entre Mac Clellan et Pope, contrairement à d'autres généraux comme Mac Dowell ou Porter.
  • Il est organisé et décidé à avancer, et c'est cela que Lincoln et le Congrès recherchent.
  • Il manque de confiance en sa compétence à diriger une unité de la taille d'une armée, et il ne dissimule pas suffisamment ce manque de confiance.

· Opérations sous son commandement

A.E. Burnside est donc nommé le 7 novembre 1862 à la suite de Mac Clellan et est pressé par Lincoln de reprendre l'offensive, ce qu'il entreprend assez rapidement, planifiant une offensive directe sur Richmond via Fredericksburg.

Cette stratégie a sans doute pour elle l'avantage de permettre à l'armée du Potomac de s'appuyer sur la voie ferrée de Richmond au Potomac, et de limiter les possibilités de prises de flanc par rapport à une avancée plus à l'ouest, le long de la voie ferrée d'Orange à Alexandria, qui aurait exposé les nordistes à subir des raids sudistes ou à sécuriser cette voie ferrée par des troupes.

Carence organisationnelle :

Elle a contre elle de forcer les Nordistes à traverser la Rappahannock à un endroit où elle n'est pas guéable, et donc de disposer de pontons. C'est le retard de ces derniers qui bloque l'armée plusieurs jours (du 17 novembre au 11 décembre) au nord du fleuve, laissant le temps à Longstreet puis à Jackson de se disposer sur les hauteurs qui s'étendent à moins d'un kilomètre du fleuve.

Manque d'imagination et obstination :

Burnside tente malgré tout de passer et d'exécuter un assaut frontal avec une offensive principale en aval, avec une attaque de soutien en amont, qui se transformerait en attaque poussée en cas de succès de la première offensive.

Le plan est somme toute basique mais est celui qui a le plus de chances d'aboutir si on refuse la manœuvre stratégique.

On peut reprocher son manque d'imagination à Burnside mais on peut aussi se demander comment aurait été accueillie par Lincoln une demande de « manœuvre », alors que depuis un an, Mac Clellan a finalement beaucoup fait manœuvrer son armée mais sans la faire combattre – et sans obtenir de gains.

Il n'est donc pas impossible que la pression « d'en haut » ait pu justifier cette décision d'attaque frontale impliquant un passage de fleuve sous le feu ennemi.

Défaut de communication :

Franklin, commandant l'aile gauche chargée de l'offensive principale reçoit ses ordres au fur et à mesure ce qui l'empêche de déployer ses réserves en temps utile quand les Sudistes de Jackson contre-attaquent ses premières attaques.

A l'inverse, l'aile droite de Sumner chargée de sonder et de divertir les troupes de Longstreet qui lui font face, attaque de façon trop soutenue et se lance à travers un terrain en pente encombrée d'obstacles vers des lignes préparées et subit de lourdes pertes.

Il est flagrant que la communication à un moment s'est mal faite, soit par des ordres trop imprécis, soit par des ordres inadaptés à leurs destinataires, soit parce que le plan d'ensemble n'était pas précis.

Manque de sang froid :

Constatant l'échec de sa manœuvre, Burnside envisage en présence de ses témoins de prendre lui-même la tête de son ancien corps pour tenter une dernière attaque le lendemain avant de se raviser. On peut y voir un signe romantique d'héroïsme et de détermination ; j'y vois surtout un général qui a oublié où est sa place (à l'arrière) et quel est son rôle (définir la marche d'ensemble et la synchronisation de plusieurs unités, et non s'exposer à la tête d'une seule). Devant des subordonnés, cela a un effet catastrophique en termes de confiance en ce général.

Résultat : incapacité à s'imposer à son équipe :

Dans les semaines qui suivent, Burnside envisage deux opérations de franchissement dans le même secteur ; la première est reportée en raison des inquiétudes de Lincoln alerté par une partie des généraux subordonnés à Burnside, dont certains souhaitent le rappel de Mac Clellan, et d'autres la nomination de Hooker, commandant le centre de l'armée du Potomac. D'autres subordonnés, comme Sumner, qui ne sont pas mêlés à ces intrigues, s'inquiètent de son obstination.

En réaction, Burnside qui récuse les critiques demande le limogeage des fortes têtes en mettant dans la balance sa propre démission.

Finalement, Lincoln l'acceptera fin janvier plutôt que de désorganiser complètement le commandement de l'armée du Potomac, et nommera à sa place Hooker.


[Managers at War]

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