Un café, puis un autre...
Faustine était venue passer la journée précédente ainsi que la nuit chez Noëlia et j'étais passé la récupérer. Je ne comptais pas m'éterniser car Joffrey venait manger à la maison et comme souvent, je m'étais retrouvé en retard par rapport à mon planning. Pour autant j'avais prévu une demie heure pour récupérer ma petite dernière et bavarder un peu avec la maman de son amie.
Tu m'as ouvert et m'as offert un café. Nous avons bavardé de nos petites et de leur bonne entente. De fil en aiguille, nous avons parlé de nos expériences de parents célibataires et des parents absents. Nous avions beaucoup d'expériences similaires. Pourtant nous ne nous plaignions pas outre mesure et je fus séduit par l'approche de la vie que tu avais. Malgré les épreuves et les revers, tu avais toujours continué à te battre pour ta fille, parfois en t'oubliant toi-même. Tu t'étais aussi longtemps dévouée pour ta mère et il avait fallu une lourde attaque de santé pour que tu acceptes de penser à toi, depuis quelques semaines.
En moi-même, j'admirais ta capacité à penser aux autres avant toi-même. Je me disais que j'aurais aimé croiser quelqu'un qui soit à ce point insoucieux de soi-même.
Nous avons aussi parlé de l'école et je me souviens t'avoir fait part de mon étonnement et de ma réprobation à voir de la bière servie lors des kermesses ou des marchés de Noël. Tu m'avais dit que cela te choquait également, et sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres nous étions intimement d'accord.
Je me souviens que nous avons parlé politique et que dans ce domaine aussi nous étions souvent d'accord hormis parfois sur de rares points de détail - pardon pour l'expression qui renvoie à une personne dont nous n'avons pas porté le deuil même si nous trouvions tous deux déplacées les manifestations. Ces divergences-mêmes me montraient que tu t'intéressais à la politique, une qualité que je trouvais rarement chez la plupart des gens avec qui je parle.
Nous avons aussi parlé des femmes, du regard de la société sur les femmes, de féminisme. Je t'ai parlé de Virginie Despentes dont tu avais aimé des phrases que tu avais vues passer et dont j'avais adoré plusieurs livres.
Je t'écoutais parler et j'aimais cela. J'ai aimé aussi ta façon de m'écouter attentivement. J'ai aimé également comme nous finissions les pensées que l'autre commençait à articuler. Il paraît que cela arrive dans les couples avec l'habitude, mais si vite cela me parut être le signe d'une connexion des esprits.
Parfois je t'écoutais parler et ne t'entendais plus, absorbé par tes yeux verts où dansaient parfois des reflets dorés. Je n'avais pas oublié que Joffrey devait arriver bientôt mais je ne parvenais pas à prendre congé. Il me revenait sans arrêt quelque chose d'important dont je devais te parler, et je n'avais pas non plus l'impression de te déranger outre mesure.
Quand je pris finalement congé, j'avais appris que tu étais parente avec un collègue qui parlait beaucoup de son village et portait le même nom que toi.
Ce soir-là, je me souviens avoir beaucoup parlé de toi à Joffrey, et le lendemain je savais que je voulais te revoir. L'après-midi, des messages me laissèrent entendre que tu ne serais pas non plus contre l'idée de me revoir également.