Prologue sans épilogue

27/05/2026

Ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfants…


C'est comme cela que se terminent les contes de fées qui nous ont bercés dans notre enfance ou plus tard.

Dans notre cas, on devrait pour être plus juste dire: " ils ont eu des enfants et sont heureux." Kelly et moi avons en effet vécu loin l'un de l'autre pendant quelques décennies, ne nous rencontrant qu'après avoir essuyé quelques déceptions.

Je n"ai pas découvert Kelly endormie au sommet d'une tour ou cachée chez des nains. Je ne crois pas qu'elle m'ait attendu, ou alors peut-être dans un petit coin de son cœur.

Je n'étais pas parti à l'aventure quand j'ai fait sa connaissance et je n'aspirais plus à partager ma vie, ou alors peut-être dans un petit coin de mon cœur.


L'un comme l'autre, nous avions décidé de mettre des barrières entre nous et le monde, un monde qui nous avait trop déçu, trop fatigué, trop blessé. Nous cherchions le repos et à ne surtout plus nous exposer aux blessures que l'amour peut causer, nous contentant de veiller chacun sur notre enfant.


Kelly avait quitté le père de Nono peu après sa naissance, et je m'étais séparé de la mère de Faufau peu après ses quatre ans. Depuis, nous formions chacun un ménage monoparental, nos enfants nous suffisant et nous nous étions habitués à être à la fois le papa et la maman, pour reprendre une terminologie idiote, qui est néanmoins encore celle de beaucoup de gens, y compris parmi ceux qui sont déconstruits. Il paraît que c'est difficile d"élever un enfant seul. Sans doute, mais il y a un avantage majeur, c'est celui de ne pas avoir à composer avec un autre qui n'aurait pas les mêmes a priori éducatifs, ou avec un second enfant qui se prendrait pour un adulte. Par ailleurs, nous avions eu la chance que ni l'un ni l'autre de nos deux conjoints ne souhaite trop voir son enfant et cela nous épargna bien des déchirements, inquiétudes ou hurlements.


Pour autant, il faut croire que chacune de nos filles ressentait le besoin d'un autre adulte, et peut-être cela les rapprocha t-il. Elles sont à l'école ensemble depuis quelques années, et au début cela n'a pas eu de conséquences. Cependant elles se sont mis à penser que Kelly et moi formerions un beau couple, et elles donnèrent la main au destin, se substituant à un Cupidon effrayé par nos cas, comme deux petites filles déterminées qu'elles sont, sans flèche ni arc, sans ailes ni carquois.


Elles nous ont fait nous rencontrer et notre histoire a commencé ainsi, simplement, une histoire entre deux voisins. Cette simplicité, cette absence de tracas sont une piètre matière pour écrire un roman et pourtant cela fait un petit bout de temps que j'aimerais écrire de nous, sur nous, une histoire simple, une histoire de bonheur.


Kelly, je t'aime chaque jour plus que la veille, alors même que chaque jour je me dis qu'on ne peut aimer plus. Je suis heureux avec toi et je veux depuis quelque temps coucher ce bonheur sur des pages, par exemple pour nous rappeler ce jour de printemps, celui de notre première acquisition à deux…


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